Dr Mario Beauregard : Les expériences mystiques – une nouvelle perspective scientifique

Une entrevue de Gilles Bédard

 

Depuis près 30 ans, les recherches scientifiques se penchent sur la relation entre le cerveau, la conscience et les expériences spirituelles. Ces études démontrent que l’esprit peut avoir une influence sur le corps et le cerveau en particulier. On connaît les recherches de Matthieu Ricard et du Dr Richard J, Davidson sur les effets de la méditation. L’automne dernier, à Montréal, le Dr Beauregard publiait les résultats d’une étude semblable sur le phénomène d’expérience de mort imminente.

L’une des figures prédominantes des neurosciences contemplatives, le Dr Mario Beauregard est chercheur en neuroscience présentement affilié au département de psychologie de l’Université de l’Arizona. Il a reçu un baccalauréat en psychologie et un doctorat en neuroscience à l’Université de Montréal. Il a également effectué des stages postdoctoraux à l’Université du Texas (Houston) et à l’Institut Neurologique de Montréal (Université McGill). Auteur de plus d’une centaine de publications scientifiques en neurosciences, psychologie et psychiatrie, ses travaux au sujet des bases neurobiologiques de la régulation des émotions et d’états spirituels ont reçu une couverture médiatique internationale. Il a été choisi par le World Media Net comme l’un des Cent Pionniers du 21e siècle et s’est mérité, en 2006, le prix Joel F. Lubar pour sa contribution à l’avancement de la neurothérapie. L’Office National du Film du Canada a produit un film, intitulé Le Cerveau Mystique, au sujet de ses recherches. En septembre 2008, il publiait  Du cerveau à Dieu – Plaidoyer d’un neuroscientifique pour l’existence de l’âme, un ouvrage de vulgarisation écrit par le Dr Beauregard, en collaboration avec la journaliste scientifique Denyse O’Leary.

L’expérience de mort imminente (EMI) a un impact majeur dans la vie des gens. Mais que se passe-t-il dans le cerveau lors de cette expérience? Est-ce un phénomène réel ou une hallucination, comme le prétendent certains scientifiques? J’ai rencontré le Dr Beauregard pour mieux comprendre l’impact qu’une telle recherche pourrait signifier auprès des gens qui ont vécu une telle expérience (expérienceurs).

On ne peut ramener l’esprit et la conscience au niveau électrique ou chimique, bien qu’ils exercent une influence à ces niveaux. Je crois qu’il nous faut une science nouvelle, on a besoin d’une révolution au niveau scientifique comme il s’en est produit quelques fois au cours de l’histoire.

Vous venez de publier les résultats de votre recherche sur les expériences de mort imminente (EMI). En quoi consistait-elle?
Le but était de regarder s’il se passe quelque chose de particulier dans le cerveau des gens qui ont vécu une EMI. Il y a plusieurs composantes lors d’une EMI telle l’impression de sortir du corps, voyager le long d’un tunnel, avoir une vue panoramique de sa vie, mais la plus importante pour une transformation subséquente sur le plan psycho-spirituel est la rencontre avec la Lumière ou des êtres de lumière, selon les expérienceurs. Nous avons sélectionné quinze personnes qui disaient avoir conservé un lien avec la lumière et être capable d’y retourner dans un état méditatif.

On a utilisé deux techniques d’imagerie, soit l’électro-encéphalographie qui mesure l’activité électrique du cerveau et l’imagerie par résonance magnétique qui permet de voir en trois dimensions quelles sont les régions activées du cerveau. Les gens retournaient tout simplement à leur souvenir de la lumière pendant qu’ils étaient scannographiés. La stratégie était identique à celle utilisée lors de notre recherche sur les carmélites.

Avec la résonance magnétique, on voit des changements dans plusieurs régions du cerveau associées à la conscience de soi. On voit également des modifications dans le cortex préfontal. On observe aussi de l’activité dans plusieurs régions également impliquées dans la représentation du corps dans l’espace, ainsi qu’au niveau émotionnel. C’est une expérience qui implique des changements dans la rapidité des ondes cérébrales. Le plus intéressant est qu’on voit des ondes très lentes mais également des ondes plus rapides que le bêta, et qui sont dans des régions différentes. Ce qu’on ne retrouvait pas dans notre étude chez les carmélites.

En quoi consistait cette recherche auprès de carmélites?
Dans la tradition catholique romaine, les carmélites ont toujours été associées au mysticisme, aux états altérés de conscience. Nous voulions voir ce qui se passe dans le cerveau dans un état qu’on appelle oraison, soit un état à la fois de contemplation et de prière dans laquelle elles se sentent, selon leur terminologie, en état d’union avec Dieu.

Cela n’avait jamais été fait auparavant. Il y a eu quelques études sur des gens en méditation, mais plutôt axé sur l’attention, la respiration, les pensées ou les sensations. Ce n’était pas vraiment une expérience spirituelle intense. Nous avons été les premiers à faire ce type de recherche et avons observé, tout comme chez les expérienceurs, des changements dans plusieurs régions du cerveau et non pas juste un point, le fameux « point de Dieu ». Pour comparer l’expérience avec les expérienceurs, certaines régions se recoupent alors que d’autres sont différentes.

Quels liens pouvons-nous établir entre ces deux études?
D’abord, l’état d’esprit était différent. Dans le cas des carmélites, elles nous disaient pouvoir se replonger en état d’oraison sans toutefois avoir la certitude de vivre une expérience mystique. Pour elles, c’est Dieu qui donne l’expérience, qui attribue la grâce divine. Tandis que chez les expérienceurs, ils savent qu’à partir du moment où ils ont vécu leur EMI, ils demeurent en lien avec cette dimension de lumière. C’est une expérience directe, non conditionnée par un élément extérieur. C’est la différence cruciale entre les deux études.

Chez les expérienceurs, on a remarqué beaucoup d’ondes thêta, même au repos, sans rien faire ni méditer. Ce sont des ondes plus lentes que chez la moyenne des gens. En principe, lorsque vous êtes éveillé, vous n’avez pas beaucoup d’ondes thêta prédominantes. Vous les observez avant l’endormissement, dans des états altérés de conscience ou un état méditatif très profond. C’est possiblement le signe qu’un changement s’est opéré dans le cerveau et qui permet aux expérienceurs de reprendre contact avec cette dimension plus facilement. Plus les ondes cérébrales sont ralenties, plus nous atteignons un état modifié de conscience; il est ainsi plus facile de vivre des expériences spirituelles transcendantes. C’est en quelque sorte un potentiel que la personne pourrait développer. C’est une hypothèse qu’il nous faudrait examiner de plus près.

Une sorte de conscience accrue plutôt qu’altérée ?
Oui, et qui devient permanente et consciente. Donc, la personne n’a pas besoin d’aller s’étendre ou de changer d’état de conscience pour être capable d’être en contact. C’est bien entendu une hypothèse. Il faudrait examiner des centaines d’individus pour voir si c’est pareil pour tout le monde. Mais c’est une possibilité.

Parmi les nombreux cas d’expérience de mort imminente, celle de Pam Reynolds et de Mellen-Thomas Benedict ont eu un impact dans la recherche scientifique. Pouvez-vous nous en parler?
Pamela Reynolds est une dame qui avait un anévrisme dans la base du cerveau. Un médecin lui avait proposé une opération durant laquelle on arrêterait son cœur de battre. Quand le cerveau arrête, on sait que l‘activité cérébrale mesurée par l’EEG au niveau électrique, le tracé, devient en général plat au bout de 10 à 15 secondes. Lorsqu’il est plat, l’individu n’est plus capable de pensées, de perception, il n’y a plus d’activité cérébrale. Elle a donc été plongée dans un état de mort clinique pendant près de 60 minutes.

Elle raconte que lorsqu’elle a entendu la « drill » percer le crâne, elle est sortie de son corps et s’est promenée dans la salle d’opération. Elle a pu mémoriser les détails des instruments chirurgicaux qui ont été utilisés et qui étaient cachés quand elle est entrée dans la salle d’opération. Elle a même rapporté des dialogues très précis entre le neurochirurgien et les infirmières. Puis, dans une autre phase de son expérience, elle a quitté le cadre de la salle de chirurgie et a eu l’impression de voyager le long d’un tunnel à haute vitesse. De l’autre côté, elle a vu la lumière et même rencontré de la famille décédée, un oncle en particulier. Elle a aussi rencontré ce qu’elle a appelé un être de lumière et ça, ç’a complètement changé sa vie.

L’autre cas, Mellen-Thomas Benedict, est celui d’un homme qui avait un cancer du cerveau et qui est décédé cliniquement durant 90 minutes. Donc, son corps avait une rigidité cadavérique. Ce qui est fascinant, c’est qu’à son « retour », lorsqu’il est allé voir les médecins, ils lui ont fait les « scans » du cerveau et il n’y avait plus aucune trace de cancer. En soi, c’était miraculeux; les médecins ne pouvaient l’expliquer. Lors de son expérience, il a pu engager un dialogue avec un être de lumière de façon télépathique pour recevoir des réponses aux doutes qui le rongeait depuis tout jeune. Il a pu retenir toute l’information reçue et la ramener. Au retour, il s’est mis à créer et il a obtenu des brevets d’invention, alors qu’il n’avait aucune notion scientifique. Il est revenu complètement transformé. Il a pu aller au cœur de notre univers, ou des univers, où il a vécu l’expérience du « Void », soit celle du vide absolu qui précède tout ce qui existe. Il a vu l’histoire de notre univers et a pu voir l’histoire de l’humanité pour les 400 prochaines années.

Un autre cas extraordinaire est celui du français Jean Morzelle qui, à l’âge de 22 ans, en 1944, s’est retrouvé sur une table d’opération à la suite d’une grave blessure. Alors qu’il était comateux, il a pu sortir de son corps, voir la salle d’opération, mais ce qui est extraordinaire, c’est qu’il a pu voir le nom de la marque de la table d’opération inscrit sur une plaque placée sous la table. Même le médecin n’en connaissait pas l’existence…

Plus les ondes cérébrales sont ralenties, plus nous atteignons un état modifié de conscience; il est ainsi plus facile de vivre des expériences spirituelles transcendantes. C’est en quelque sorte un potentiel que la personne pourrait développer. C’est une hypothèse qu’il nous faudrait examiner de plus près.

Vous avez entrepris une nouvelle étude scientifique sur l’expérience de mort imminente, le Projet AWARE. Quel en est le but?
Certaines personnes ont une malformation au niveau de l’aorte, de la grosse artère. Pour y remédier, on doit faire des modifications chirurgicales sinon il n’y a pas suffisamment de sang qui arrive au cœur et la personne risque de mourir. Lors d’une intervention chirurgicale, le cœur est arrêté, on draine le sang à l’extérieur pendant qu’une pompe maintient le sang en circulation de façon artificielle, la personne est plongée en état de mort clinique.

Des études ont démontré qu’environ 15% des gens qui vivent des crises cardiaques rapportent une EMI. Nous supposons qu’il doit se produire la même chose dans le cas de mort clinique induite de façon chirurgicale. Ainsi, nous voulons savoir si dans cet état, les gens qui auraient éventuellement une expérience hors-corps ou de mort imminente peuvent identifier des cibles, des images qui seront présentées sur un moniteur vidéo qui ne peut être vu que du plafond. Ce moniteur ne sera donc pas visible pour les membres de l’équipe chirurgicale. Les patients n’ont aucune connaissance que ces images seront présentées durant leur opération. Tout ce qu’ils savent est qu’on veut les interviewer après la chirurgie.

Notre critère de réussite n’est pas seulement d’identifier les images présentées, mais aussi de donner des détails sur ce qui se passe durant l’intervention, tels des échanges entre le personnel ou des détails chirurgicaux.

Les neurosciences peuvent-elles nous offrir une meilleure compréhension du lien entre l’esprit et le cerveau?
En biologie et en neuroscience, on veut voir pour croire, mesurer. Pourtant, il y a des choses qu’on ne peut mesurer et qui ont un énorme impact sur l’existence humaine, tels les sentiments, les émotions. Pour les matérialistes, tout se résume à expliquer l’univers par des moyens mécaniques. Tant que les neurosciences ne voudront pas reconnaître qu’il y a quelque chose de non matériel qui existe dans l’Univers… Les physiciens sont plus ouverts, ils sont en avance avec la physique quantique qui parle de phénomènes qui ne sont pas matériels et qui ont une influence dans le monde physique. J’ai l’impression qu’une révolution scientifique est à venir au cours des prochaines décennies avec des études comme on fait ici à Montréal et ailleurs dans le monde.

La science telle qu’on la définit aujourd’hui, pourra-t-elle un jour résoudre le mystère de la vie après la mort, de Dieu ou de la spiritualité?
Si la science demeure complètement matérialiste, réductionniste, à mon avis, elle a zéro chance d’élucider les grands mystères de la vie, de l’univers, du cerveau, de la conscience. Pour arriver à avoir une meilleure compréhension de tout ça, ça implique une nouvelle science, une science où il y a beaucoup moins d’idéologie ou d’à priori d’impliqués. On ne peut ramener l’esprit et la conscience au niveau électrique ou chimique, bien qu’ils exercent une influence à ces niveaux. Je crois qu’il nous faut une science nouvelle, on a besoin d’une révolution au niveau scientifique comme il s’en est produit quelques fois au cours de l’histoire.

Malgré sa prétention d’objectivité, il n’en demeure pas moins que la vision matérialiste du monde est subjective, dictée par une idéologie. Pour être véritablement objectif, il faut tenir compte de manière absolue de tout ce qui existe, de toutes les données, ce qu’on appelle un empirisme radical. Les matérialistes considèrent uniquement ce qui fait leur affaire. Je crois qu’il nous faut une science nouvelle, on a besoin d’une révolution au niveau scientifique comme il s’en est produit quelques fois au cours de l’histoire.
Les recherches du Dr Mario Beauregard nous démontrent que les expériences extraordinaires sont des phénomènes authentiques et que l’esprit a une véritable influence sur le cerveau. Elles permettront ainsi de développer des outils appropriés pour mieux accompagner les gens dans leur processus de transformation suite à ces expériences.

 

*  Lisez l’entrevue du Dr Mario Beauregard sur Les pouvoirs de la conscience.

* Réalisée en septembre 2009
© 2009 Gilles Bédard